Devenir davantage la femme et moins la mère

Beaucoup de femmes s’investissent dans un rôle maternel. Certaines se sentent bien dans cette situation, car elles éprouvent le sentiment d’être des « mères cosmiques », des femmes plus vastes que la vie. Nous ne voulons pas dire par là que toute femme chaleureuse et maternelle cache consciemment quelque chose d’autre derrière ce comportement. Pourtant, sans s’en rendre compte, elle peut abandonner son potentiel propre pour paraître davantage, être considérée d’une manière plus complexe et plus totale qu’elle ne l’est alors. Il est regrettable que ces femmes puissent passer leur vie à être la mère de leur mari et de leurs enfants. Donner trop, de cette façon-là, ne fait qu’encourager un homme à ne pas s’occuper d’une femme et à tenir son amour pour acquis ; mais, et c’est encore plus grave, cela peut empêcher notre « ange gardien » de découvrir qu’elle pourrait devenir autre chose. Comme nous l’avons noté, les femmes qui deviennent des « anges gardiens » assument souvent ce rôle parce qu’il leur permet d’éviter de se confronter à d’autres aspects de leur personnalité. Par exemple, les femmes qui doutent de leur sexualité échappent à ce problème en devenant maternelles. Parfois, l’homme y contribue. En effet, un homme qui désire que sa femme soit une mère pour lui peut ne pas la vouloir trop sexuelle, car cela pourrait le gêner. C’est une variation sur le thème « sacré/profane », autrement dit : les autres femmes peuvent être excitantes, mais ma propre femme doit être pure et au-dessus de tous ces bas plaisirs. Si vous voulez briser le schéma de « l’ange gardien », il vous faut croire vraiment que l’homme désire avoir une femme et pas seulement une mère. Vous devez courir le risque de montrer d’autres aspects de vous-même. Dévoilez plus et donnez moins. Laissez-le vous découvrir. Si un homme semble abasourdi par le changement soudain de votre comportement, vous pouvez en discuter avec lui. Faites-lui comprendre avec amour qu’en donnant tant vous n’avez réussi qu’à être moins que ce que vous savez être.

SAVOIR RECONNAÎTRE QUE L’AMOUR EST À SENS UNIQUE

Pour déterminer le plus précisément possible si vous donnez de manière excessive, il vous suffit de bien étudier la façon dont votre don est reçu. L’homme est-il attiré par votre générosité et votre amour? Réagit-il en l’appréciant à sa juste valeur? Y a-t-il réciprocité dans le temps ? Il est caractéristique que les femmes qui donnent trop facilement ne recherchent pas de signes de réciprocité ou plutôt elles vivent dans l’espoir que cela arrivera un jour. Lorsque vous vous posez ces questions, ne cherchez pas de réponses immédiates. Cela prend du temps. Certains hommes ne réagissent pas tout de suite. Parfois il vous faudra quelques jours, parfois une semaine avant d’obtenir une indication sur la façon dont un homme a réagi face à votre attention. Semble-t-il s’éloigner de vous lorsque vous vous êtes montrée particulièrement aimante? Est-ce que sa considération et son respect augmentent avec le temps ou diminuent ? Après quelques semaines ou quelques mois, vous devriez être capable, si vous faites vraiment attention, de percevoir les effets de votre tendresse, de votre générosité, de votre intérêt, et de savoir alors s’il considère ou non tout cela comme allant de soi. Vous sentez-vous anxieuse parce que le temps passe? Les femmes qui donnent trop facilement ont tendance à être impatientes, et ensuite apaisent leur angoisse en donnant encore davantage. C’est comme si le fait de donner pouvait leur garantir l’amour dont elles ont si désespérément besoin. Vous surprenez-vous en train de l’excuser? Etes-vous trop compréhensive et pardonnez-vous trop facilement? Les femmes qui donnent trop facilement ont toujours, par instants, des doutes au sujet de leur comportement et pensent alors qu’elles en font trop. Elles se rendent souvent compte qu’elles lui trouvent trop d’excuses pour expliquer son attitude et les raisons qui font qu’il ne donne pas davantage. Si vous vous surprenez en train d’expliquer à vos amis et à votre famille pourquoi votre relation fonctionne à sens unique, c’est là un signe évident que le déséquilibre s’accentue. Et, pour terminer, avez-vous l’impression que votre générosité et vos doutes concernant votre capacité à être aimée vont de pair ? Avez-vous le sentiment d’être « à la hauteur » ou, comme tant de femmes qui donnent trop, vous rendez-vous compte que votre insécurité se traduit toujours par une certaine manière d’agir face à l’homme avec qui vous êtes et qu’elle vous permet en réalité, d’une façon détournée, de gagner son approbation ? Si tel est le cas, vous savez en secret que quelque chose ne va pas.

coupleamoureux

ATTENDRE L’AMOUR EN RETOUR

Il faut demander aux hommes de donner. Il faut s’attendre qu’ils se comportent avec une femme de manière équitable, et nous ne disons pas cela uniquement pour que la relation soit honnête et équilibrée. En fait, pour en revenir au facteur de Polarité, cette demande de réciprocité est nécessaire dans une relation pour que se forme un lien entre un homme et une femme. Lorsqu’une femme offre trop et attend trop peu, aux yeux de l’homme, le lien ne se construit pas sur des bases justes. Cela ne veut pas dire que, dans ce schéma-là, un homme ne puisse pas devenir dépendant d’une femme pour ses faveurs, le confort matériel et les services qu’elle lui offre. Mais il ne s’agit alors pas là d’une relation affective, elle n’est pas fondée sur le respect ou la passion, ce n’est pas là l’amour qu’une femme souhaite. Les relations à sens unique dans lesquelles l’homme a la possibilité de donner « trop peu » l’empêchent de se rapprocher de la femme. Les femmes qui font tout le travail freinent l’envie qu’aurait un homme de faire lui aussi quelque chose. Cela constitue une erreur grave et porteuse d’échec. Par contre, la femme qui sait mériter un amour actif et le fait comprendre à l’homme l’attirera constamment vers elle. Pour éviter de tomber dans le piège du « don excessif », vous’ devez être claire quant à vos propres désirs. Réfléchissez longuement sur la facilité ou la difficulté que vous avez à recevoir ou à être aimée d’un homme. Si vous arrivez à vous estimer à votre propre valeur et à agir en conséquence, personne ne pourra profiter de vous, car la conscience de votre propre dignité empêchera que cela ne se produise. Les femmes qui sont exploitées sont aveuglées par leurs propres besoins affectifs ; elles n’ont plus aucune capacité de jugement. Vous rendre compte de votre valeur équivaut à être guidée dans votre quête d’amour par une lumière amicale. La femme qui donne trop facilement a le sentiment que le temps joue en sa défaveur; elle agit comme si ses chances de trouver l’amour étaient pratiquement inexistantes. Si vous êtes célibataire, apprenez à prendre votre temps lors d’une nouvelle relation. Que les expériences sexuelles découlent du lent développement de la confiance, de la connaissance mutuelle et de l’affection. Méfiez- vous autant de votre tendance à presser les choses que de l’envie que peut avoir votre partenaire que les choses aillent plus vite. Comprenez bien que, quoi que vous dise un homme, il aura davantage confiance en vous et vous estimera davantage aussi si vous-même vous vous estimez. Prenez le risque de parler de vos sentiments ; faites-lui part de vos peurs et montrez clairement votre engagement et votre participation à ce processus. Fixez des limites à votre générosité. Si vous êtes convaincue d’être en droit d’attendre de l’amour en retour, il se rapprochera de vous. S’il ne le fait pas, mieux vaut le savoir tout de suite et aller vers un être qui vous donnera ce que vous méritez vraiment.

Comment se débarrasser de l’esprit de sacrifice ?

Une partenaire martyre crée toujours des inégalités graves dans une relation. Aujourd’hui, les hommes ne veulent pas d’une relation qui ne s’établisse sur un pied d’égalité ; ils ne veulent pas de femmes qui se sacrifient. De telles femmes entretiennent chez leur compagnon un sentiment grandissant de culpabilité et de ressentiment. La femme martyre veut peut-être que l’homme se sente mieux et plus sûr de lui, mais elle aboutit précisément à une situation opposée. Les hommes qui ont pour partenaires des martyres se sentent seuls. Quand une femme n’a pas de considération pour elle-même, difficile à l’homme de lui en porter ! Mais si elle prend le risque de voir grandir l’estime qu’elle se porte et de se faire confiance, elle découvrira que les hommes réagissent alors de façon positive et aimante. Si vous vous identifiez à Jacqueline dans son comportement de martyre, il est vital pour vous de comprendre que vous vous engagez dans une voie qui ne vous rendra pas chère à un homme, mais bien au contraire fera naître chez lui de la rancœur. L’esprit de sacrifice et toutes les conduites qui font naître chez l’autre un sentiment de culpabilité ne peuvent provoquer que des conflits. Les femmes qui deviennent des martyres ont ceci de caractéristique : elles n’ont aucune compétence particulière ; elles ont peur de s’affirmer et d’exprimer leurs besoins et leurs envies légitimes face à leur partenaire. Au lieu de quoi, elles espèrent que leur souffrance engendrera de la pitié chez l’homme. Elles vont même jusqu’à imaginer que leur sacrifice leur vaudra de l’admiration, étant donné que, souvent, les gens admirent la femme martyre qui, avec un dévouement extrême, a tout fait pour l’harmonie de son foyer. Comme dans le cas des femmes qui donnent trop, briser ce schéma suppose, petit à petit, de donner moins et parallèlement de commencer à attendre davantage de l’autre. Regardez si son amour grandit au fur et à mesure que vous commencez à agir d’une façon qui appelle le respect. Au départ, donner moins éveillera chez vous une certaine angoisse ; vous pouvez même aller jusqu’à avoir peur qu’il ne vous quitte. L’angoisse que vous éprouverez est une émotion que vous avez fuie pendant de nombreuses années en choisissant d’être une martyre. Souvenez-vous de ceci : alors même que vous avez construit ces schémas de conduite pour pallier l’absence d’amour que vous avez connue dans votre enfance, vous n’avez pas à laisser votre passé vous dominer. Vous n’avez pas à être ce qu’en secret si souvent la martyre pense être : une victime.

Couple-amoureux

L’ANGE GARDIEN

Les femmes qui choisissent d’être 1’ « ange gardien » d’un homme ont un certain nombre de points communs. La plupart souffrent d’une inquiétude latente concernant leur valeur propre et se sentent nettement plus à l’aise dans le rôle de celle qui donne plutôt que de celle qui reçoit. Ces femmes craignent qu’en espérant être payées de leur amour elles n’entendent ce qu’elles redoutent : « Tu ne mérites pas mon amour puisque le tien n’est pas gratuit. » Hélène, trente-cinq ans, secrétaire d’un avocat, devint 1’ « ange gardien » de Bertrand. Lorsqu’ils se rencontrèrent pour la première fois, Bertrand, trente-trois ans, professeur de traitement de texte à mi-temps dans des sociétés, suivait sa première année d’université. Il paraissait correspondre à tout ce qu’elle recherchait et surtout il semblait aussi l’aimer vraiment. Leurs tout premiers mois ensemble furent véritablement merveilleux et conduisirent Hélène à demander à Bertrand de s’installer chez elle. Leurs horaires ne leur laissaient pas beaucoup de temps libre, aussi les heures passées ensemble en devenaient d’autant plus précieuses. Pour jouir de quelques heures de plus avec lui, Hélène commença par proposer à Bertrand de lui taper un ou deux travaux universitaires. Elle le fit avec joie, contente que cela leur donne la possibilité de passer davantage de soirées ensemble. Hélène avait toujours eu beaucoup de facilité à écrire. Peu après, elle ne se contenta plus de taper les travaux de Bertrand, mais les rédigea. Le travail universitaire de Bertrand était lourd. Il trouva de plus en plus agréable de passer fréquemment des soirées dehors avec ses amis en laissant Hélène se débattre avec la rédaction d’un de ses articles. Hélène en éprouvait parfois un peu de ressentiment, mais excusait le manque d’autodiscipline de Bertrand : c’était provisoire, dû simplement à son besoin de faire une coupure après la pression constante que faisait peser sur lui l’université. Bertrand aimait parler avec Hélène, car c’était une auditrice chaleureuse et réceptive. Non seulement elle le comprenait et adhérait à ses propos, mais elle avait également sur lui un effet apaisant et très rassurant. Bertrand parlait sans fin des stress qu’il subissait, et Hélène était toujours disposée à se charger d’une nouvelle tâche ou d’une course pour l’en décharger. Hélène aimait Bertrand et se réjouissait de sa dépendance croissante à son égard. Le sentiment d’intimité et d’amour d’Hélène était renforcé par la part active et importante qu’elle avait dans tous les domaines de la vie de Bertrand. Sans le savoir, elle avait lentement et sûrement construit un schéma de relation avec lui qui, malheureusement, encourageait Bertrand à profiter de plus en plus d’elle et empêchait qu’il ne s’attache passionnément à elle. Le fait qu’elle fût toujours prête à faire quelque chose pour lui, à pallier ses manques et ses déficiences, eut sur Bertrand l’effet qu’on pouvait en attendre. Enfant unique, il était habitué à ce que sa mère, trop indulgente et disposée à se sacrifier, fasse tout pour lui. Passer de sa mère à Hélène fut pour lui chose facile. Sans s’en rendre compte, Hélène était devenue une sorte de substitut maternel : celle qui donnait sans poser de questions et attendait très peu en retour. 

Couple-amoureux

Respecter sa propre valeur

Pour reconquérir le sens de sa valeur et sa considération pour elle-même, Geneviève dut aller à l’encontre de ses impulsions, et adopter un comportement qui lui semblait paradoxal. Au début d’une relation, alors qu’elle voulait se rapprocher de son compagnon, elle dut apprendre à supporter une légère distance et à maîtriser son insécurité. Elle dut affronter et contrôler sa peur la plus fondamentale, à savoir celle d’être abandonnée et de se retrouver sans liens. Au lieu de cela, Geneviève le découvrit, une certaine retenue de la part de la femme provoque chez l’homme une légère incertitude et excite son intérêt. Mais cela n’implique pas de devenir froid ou distant, car cela aussi fait fuir les hommes. Gardant fermement présent à l’esprit cet objectif d’une relation durable, fondée sur l’égalité et le respect, Geneviève, dans ses nouvelles relations, allait découvrir les vertus de la lenteur. « Avant, après avoir couché tout de suite avec un homme, je devenais très anxieuse et commençais à me demander s’il allait m’appeler à nouveau—c’était comme si je lançais la balle dans son camp », se rappelle-t-elle. Après avoir commencé une thérapie, elle nous a raconté ceci : « Pendant environ huit mois, j’ai juste accepté des rendez-vous comme ça, et je n’ai rencontré aucun homme avec qui je désirais m’engager sérieusement, de sorte que je n’ai couché avec aucun. » En prenant le risque de donner moins, Geneviève a gagné beaucoup plus. Elle découvrit que les hommes appréciaient des facettes de sa personnalité que cachait auparavant son apparence de femme fatale. Mais il lui a fallu prendre un risque. Comme nous l’avons déjà noté, il est certain que le fait même de croire en vos qualités vous pousse à vous valoriser vous-même. C’est une sorte d’acte de foi qui peut paraître courageux, mais, en réalité, vous avez réellement peu à perdre en essayant. On a tellement donné d’importance au sexe dans notre culture qu’on en est venu à croire, à tort, que c’était un moyen sûr d’attirer un homme. Ce qui n’est pas vrai. En fait, si le conservatisme sexuel connaît un renouveau, c’est précisément parce que les hommes et les femmes semblent préférer cela ! Par exemple, prenez ce vieux précepte selon lequel il ne faut pas coucher avec un homme la première fois. Non seulement c’est un très bon conseil, mais nous irons encore plus loin : nous pensons qu’il est sage de ne pas devenir la maîtresse d’un homme avant d’avoir passé suffisamment de temps avec lui pour connaître ses aspirations et son caractère et avoir établi avec lui un rapport de confiance et de réciprocité. Cela permet de distinguer les hommes qui sont capables d’aimer de ceux qui ne cherchent qu’à profiter de la situation. Ce conseil est fondé sur notre expérience selon laquelle les hommes, alors même qu’ils semblent plus libérés, fonctionnent encore d’après des « programmes » inconscients anciens. Les hommes peuvent pousser à un rapport sexuel immédiat, mais, à un niveau plus profond, la plupart d’entre eux croient que les relations sexuelles devraient être l’expression de l’amour et de l’engagement. Lorsque l’amour est absent, il s’agit juste de « baise ». L’attirance peut exister, dès le premier instant, mais l’amour, lui, ne peut pas surgir au tout début d’une relation. Il grandit progressivement et demande une certaine expérience de l’autre, du temps. Il ne vient pas rapidement, même si une femme peut le vouloir vraiment et qu’un homme lui dise qu’il l’aime. Certains de ces commentaires sont destinés aux femmes célibataires, mais on peut suggérer la même chose aux femmes mariées. Celles qui répondent toujours aux avances sexuelles de leur mari, parce qu’elles ont peur de dire non, rencontreront obligatoirement des difficultés par la suite. Tout d’abord, et n’est-ce pas le plus important ? Vous ne pouvez que nourrir une rancœur croissante si vous vous adaptez et répondez aux demandes d’un homme de cette façon. En outre, les hommes finissent par se rendre compte de votre ressentiment. Ils sentent qu’en réalité vous ne « faites pas l’amour », mais que vous leur cédez pour ne pas les perdre. Alors que vous recherchez, en étant disponible, gratitude et reconnaissance de sa part, l’homme, lui, peut secrètement, tout autant que vous, se sentir étranger à l’acte sexuel. Même les hommes suffisamment insensibles pour ne pas sentir l’absence de désir véritable dans votre réponse sexuelle finiront par ne plus l’apprécier et la considérer comme acquise. Indépendamment de l’issue, le fait de donner trop, même dans le domaine sexuel, ne peut qu’entamer un mariage.

image3  

LA MARTYRE

Comment une femme devient-elle une martyre ? De loin, l’élément essentiel et le plus logique est la pauvre estime en laquelle elle se tient. Le martyre n’est jamais un cadeau, quelle que soit la manière dont il est présenté. En fait, il s’agit souvent d’un acte d’agressivité cachée destiné à créer un rapport de domination, le partenaire faisant figure de coupable. Quand une femme choisit d’abandonner son pouvoir, quand elle refuse de reconnaître ses propres besoins et de se battre pour eux, elle a toutes chances de devenir une martyre. Jacqueline, trente-huit ans, s’est toujours sentie inférieure à Marc, son mari depuis six ans. Elle commença à travailler tout de suite après avoir terminé le lycée ; lui a un diplôme d’ingénieur. Elle est tranquille ; il est charmant et très ouvert. En secret, elle craint d’avoir épousé quelqu’un de « trop bien » pour elle et donc qu’un jour il ne se fatigue d’elle. Au lieu de développer sa personnalité et d’apprendre à se sentir plus à l’aise dans son mariage, elle devint effacée et commença à se sacrifier ; elle fit passer son mari avant elle dans pratiquement tous les domaines. Par exemple, lorsqu’elle achète des vêtements pour lui, elle va dans les meilleurs magasins pour hommes et achète ce qu’il y a de plus cher en pensant que la chose est importante pour sa carrière. Par contre, quand il s’agit d’elle, elle fait les soldes. Au début de leur mariage, Marc fut touché par son apparente générosité, mais bientôt il se mit à éprouver une culpabilité vague. Sans faire montre de paternalisme, il encouragea sa femme à suivre des cours, parce que les commentaires désobligeants qu’elle faisait sur elle-même l’attristaient. Lorsqu’il lui offrait des cadeaux de prix, elle lui rendait immanquablement la pareille. Un jour, en cadeau d’anniversaire, il lui offrit un superbe bracelet en or ; le lendemain, un attaché-case en cuir coûteux l’attendait. Une fois de plus, Jacqueline lui avait rendu la pareille et avait fait passer les désirs de son mari avant les siens. Il explosa, précipitant ainsi une crise qui les amena à chercher l’aide de professionnels. Que s’était-il passé ? Pourquoi le mari de Jacqueline, apparemment très aimant et attentionné, explosa-t-il soudain ? Pour Jacqueline, c’était une surprise totale. « J’ai toujours tout fait pour lui, je me suis toujours effacée. » Marc, lui, voyait les choses différemment. En repensant à leurs années de mariage, il s’aperçut qu’il était écrasé par la culpabilité. Jacqueline était une martyre. Elle se sentait d’autant plus rassurée qu’elle renonçait à ses besoins pour satisfaire ceux de son mari. Remplie de doutes et d’insécurité, elle essayait stupidement de contrôler la relation en distribuant elle-même les rôles : à elle d’être plainte, à lui de la plaindre. Il n’abandonnerait jamais quelqu’un de si prêt à se sacrifier pour lui et à tout lui donner ! Voilà ce que Jacqueline croyait en secret. Marc raconta plus tard qu’elle lui faisait douloureusement prendre conscience de ses sacrifices ; d’où son sentiment de culpabilité et son ressentiment. « Je n’ai jamais eu de plaisir à rentrer à la maison. Je pris l’habitude de rêver que mon épouse était de ces femmes qui ont leurs propres amis, leurs propres activités, et non quelqu’un qui rentrait précipitamment de son travail pour pouvoir m’accueillir quand je rentrais avec un verre et un dîner préparé spécialement. » Quels furent les signaux d’alarme qui échappèrent à Jacqueline ? Tout d’abord, jamais elle ne crut vraiment à l’amour de Marc. Aussi étrange que cela puisse paraître, son martyre était terriblement égocentrique. Son angoisse la rendait tellement myope qu’elle ne vit jamais l’amour de son mari. Lorsque Marc essaya de modifier le schéma de leur relation en cherchant à instaurer une plus grande égalité et une plus grande réciprocité entre eux, chaque fois elle alla à l’encontre de ses tentatives. Il n’existait donc pas de réceptacle à l’amour qu’il voulait donner. Son désir d’une relation égalitaire effrayait sa femme : en quelque sorte, elle avait peur de ne pas en être capable, de ne pas être vraiment digne d’amour ou suffisamment intelligente pour qu’il continue à s’intéresser à elle. 

images2

Prendre davantage de distance

Jacques aime véritablement Gaëlle, mais, ne pouvant la rassurer, il en éprouve un sentiment d’impuissance et une sensation d’épuisement. Sans le savoir, Gaëlle éveille chez lui des impressions de malaise et d’angoisse. Son besoin si intense d’intimité le suffoque et dépasse largement les frontières d’une saine relation. Les femmes qui agissent comme Gaëlle doivent s’obliger à faire marche arrière et à laisser à l’homme un peu d’espace vital. Ce ne sont pas les sentiments d’insécurité qui déroutent les hommes, mais bien la façon dont ils sont exprimés. En suggérant à une femme de faire marche arrière, nous sommes conscients que nous lui demandons ce qui l’effraie le plus, car elle ne se sent rassurée et valorisée que lorsqu’elle « agit ». Pour elle, laisser faire les choses équivaut à se sentir seule et abandonnée. Une femme qui a besoin d’être à ce point proche d’un homme se sent écrasée par l’angoisse si elle prend ses distances ; elle craint alors précisément de perdre ces qualités qui, selon elle, suscitent l’amour. Si elle en fait moins pour lui, lui gardera-t-il son amour? Pour briser ce schéma, il faut affronter l’angoisse qu’engendre l’idée de solitude ; on ne peut l’éviter. De quoi s’agit-il sinon de casser une habitude. Le temps passé loin de l’homme, avec des amies ou même seule, est fondamental ici. Que ressentez-vous lorsque vous n’êtes pas avec lui? Généralement, les premiers sentiments que cela réveille sont semblables à ceux que vous pouvez avoir éprouvés enfant : la solitude et la peur. Mais si vous laissez passer du temps, vous découvrirez rapidement que vous vous sentez mieux, plus forte, plus sûre de vous. Au fur et à mesure que vous apprendrez à grandir et à vous sentir plus à l’aise, sans être nécessairement rassurée sans cesse par l’amour d’un homme, vous comprendrez que, par le passé, ce qui vous paraissait être un don d’amour était simplement une manière détournée d’exprimer des doutes profondément ancrés en vous quant à votre valeur et votre capacité à plaire aux autres. 

couple-resto

La femme facile 

Geneviève, trente-quatre ans, avait couché avec beaucoup d’hommes depuis des années. Son style de vie lui convenait, mais ses amis la mettaient en garde en lui disant qu’elle était trop « facile ». Geneviève se disait qu’elle était sexuellement libérée et que d’aller au lit avec un homme qu’elle venait de rencontrer, à condition que les « vibrations » soient bonnes, la satisfaisait totalement. Mais Geneviève ne faisait pas cela uniquement pour avoir du plaisir, elle voulait aussi se marier ; elle ne se rendait pas compte que son comportement provoquait des réactions négatives chez ses partenaires et qu’elle avait ainsi peu de chances de parvenir à son but. Geneviève croyait qu’en étant aussi libre et disponible sexuellement elle s’assurerait l’intérêt constant d’un homme. Mais, à un niveau beaucoup plus profond, elle craignait en réalité de ne pas offrir « assez », si elle ne se montrait pas une partenaire facile et accommodante. Sa soif affective et le peu d’estime qu’elle avait pour elle-même la conduisaient à s’engager dans des relations qui, en fin de compte, offraient peu d’intérêt et ne la satisfaisaient pas sentimentalement. En outre, la facilité avec laquelle Geneviève traitait le sexe — tout en y voyant un don d’elle-même — était perçue par les hommes avec lesquels elle couchait de manière différente. Les hommes qui, au départ, étaient attirés par Geneviève à cause de la richesse de ses qualités (elle est séduisante, cultivée et intelligente) et qui auraient pu vouloir construire avec elle une relation d’amour réciproque finissaient malheureusement par avoir pour elle aussi peu de considération qu’elle en avait elle-même. En encourageant des relations sexuelles immédiates, elle détruisait toute possibilité de véritable intimité. Le sexe ne devient presque jamais, comme on peut le souhaiter, le ciment d’une relation. Une femme qui s’offre trop facilement découvrira que cela ne fait qu’inciter un homme à se servir d’elle pour un plaisir fugitif. Les hommes sont rarement attirés par les « rencontres d’une nuit ». Ils forment hâtivement des jugements sur les femmes faciles et apprécient rarement leurs autres qualités ou leur valeur véritable. 

Obtenez ce que vous méritez.

La bonne volonté que met Jeanne à tout faire est en somme directement responsable du manque de respect croissant de Gérard et de son éloignement. Il est clair qu’il a également besoin de prendre en charge son incapacité à recevoir et à donner de l’amour d’une manière adulte. Mais le problème réside dans le fait que Jeanne est disposée à donner sans attendre rien en retour. Cela équivaut à racheter la conduite de Gérard. Si vous vous êtes trouvée dans une situation comparable, vous pouvez réagir afin que votre relation avec un homme laisse plus de place à sa liberté. Les femmes comme Jeanne agissent essentiellement en fonction de problèmes d’enfance qu’elles investissent dans leurs relations adultes. En assumant le rôle de « secouriste », Jeanne essaie de donner un sens à sa vie ; elle cherche à se sentir bien avec elle- même. Enfin, non seulement elle protégeait son père, mais elle voulait aussi gagner son amour. Un homme aussi passif que son père, incapable de faire quoi que ce soit d’autre que vivre sa vie en – victime consentante, rendit, sans nul doute, sa mère folle. Jeanne n’avait pas conscience que non seulement son père rendait sa mère malheureuse, mais qu’en la laissant elle, Jeanne, jouer le rôle de protectrice il n’exprimait pas vraiment son amour pour elle. Vouloir sauver ou aider un homme peut devenir un moyen de s’en rapprocher, en encourageant sa dépendance, et d’avoir ainsi une fausse impression de sécurité, au moins pour un temps. Mais un homme qui a l’impression qu’une femme ne s’attend jamais à être traitée correctement cesse de la respecter. Si ce type de femme avait plus d’estime pour elle-même et un juste sens de son droit, elle attendrait une réciprocité ; mieux, elle l’exigerait. Donner trop, jouer les « pélicans », cela ne marche jamais, car il s’agit là d’une stratégie inconsciente pour se sécuriser. En pareil cas, il convient de reconnaître que l’envie de donner est alimentée par l’insécurité et non par l’amour. Si vous avez ce genre de problème, vous devez d’abord repérer la présence des peurs et des angoisses très profondes que vous éprouvez quant à votre valeur personnelle et votre aptitude à vous faire aimer. Ensuite, posez-vous cette question : outre le fait que je suis capable de m’occuper d’un homme, est-ce que je possède d’autres qualités ? Un homme ou une femme qui se posent cette question primordiale en arrivent très vite à y apporter une réponse affirmative et à creuser le sujet : nous sommes intéressants ou intelligents ou nous nous réalisons de manière très différente. Parfois, l’estime que nous nous portons ou notre confiance en nous sont en réalité beaucoup plus grandes que nous ne le pensons. Finalement, seuls nos actes fournissent la vraie réponse à cette question. Les femmes qui pensent mériter un amour adulte et réciproque ne restent pas longtemps des « infirmières », malgré tout l’intérêt que puisse présenter le projet de « réhabilitation » d’un homme. Pour briser ces vieux schémas, il est nécessaire de prendre des risques : celui d’exiger davantage, de formuler des demandes lorsque l’amour vous semble en perte d’équilibre. Là réside la difficulté. Car, pour vous sentir capable de courir ces risques, il vous faut d’abord avoir plus de considération pour vous-même. Le point fondamental, c’est d’agir, de faire le premier pas. Ce qui prime, de l’attente ou de l’estime de vous, n’est pas très important ; l’une et l’autre se nourrissent et se construisent mutuellement. Cessez de tant donner et vous commencerez à découvrir qu’un homme peut aimer et chérir autre chose en vous. Si, au début, il ne remarque que votre capacité à le secourir, à le défendre, ou à résoudre ses problèmes, alors peut-être vous faut-il aller plus loin sans perdre confiance. Le seul fait de vous sentir en droit d’exiger un peu de réciprocité l’obligera à vous regarder d’une manière nouvelle qui, le plus souvent, sera positive. Lorsqu’on est parvenu à briser ces schémas et à courir ces risques, la récompense est énorme : on accède enfin à des relations plus satisfaisantes ; plutôt qu’être celle dont on a besoin à cause de ce qu’elle fait, on est aimée pour ce que l’on est. En outre, si l’on espère être payée de retour, on peut aussi trouver des hommes plus équilibrés et plus aptes à donner.

pardonner

LES SIAMOIS

Certaines femmes résolvent leur problème de manque affectif en essayant d’établir avec l’homme avec lequel elles vivent une relation fusionnelle, presque symbiotique. Gaëlle a vingt-huit ans et vient de se marier. Elle a grandi dans un grave vide affectif. Délaissée par une mère trop occupée et ignorée de son père qui n’avait pas eu le garçon qu’il désirait, Gaëlle nous fait part de ses souvenirs : « Je me rappelle avoir essayé de faire les mêmes choses que les garçons en pensant que cela plairait à mon père. Mais j’ai toujours eu cette impression horrible qu’au lieu de s’intéresser davantage à moi il était encore plus déçu que je sois une fille. » Le mariage de Gaëlle et de Jacques date de huit mois. Dès le départ, il a été tumultueux. D’après elle, elle fait tout pour que Jacques soit heureux et se sente aimé. La vérité est qu’elle l’étouffe lentement et tue l’amour spontané qu’il a pour elle. « Je pensais qu’elle serait plus rassurée une fois que nous serions mariés, confie Jacques. Les disputes qui étaient fréquentes entre nous tournaient toutes autour de son inquiétude que je ne l’aime pas autant qu’elle m’aime. Ce n’était pas vrai. Je l’aimais, mais, alors même que je le lui disais, cela ne lui suffisait pas. » Après leur mariage, elle manifesta encore davantage son amour. « Elle m’envoie sans arrêt des cartes postales sentimentales, m’écrit des mots, me téléphone même à mon bureau, parfois trois ou quatre fois par jour. Elle pense ainsi me montrer sa tendresse et son amour, mais c’est trop. » Puis Jacques poursuit : « J’aime faire beaucoup de choses avec Gaëlle, mais elle veut que nous fassions tout ensemble. Je me souviens que, pendant notre lune de miel aux Antilles, elle voulait me tenir la main lorsque nous plongions. A cette époque, je trouvais cela touchant, mais actuellement le fait que nous soyons toujours ensemble commence à me peser. En me mariant, je cherchais une partenaire, pas une sœur siamoise. J’ai de sérieux doutes sur la durée de notre mariage. Quoi que je fasse, cela semble n’être jamais assez. J’ai toujours été plutôt affectueux, mais maintenant, lorsqu’elle veut que je l’embrasse, je me rends compte qu’intérieurement je me raidis. » L’isolement de Gaëlle quand elle était enfant a engendré chez elle des sentiments profonds de manque et d’insécurité. Elle ne croit pas qu’on puisse l’aimer. En effet, enfant, elle n’a jamais reçu l’appui et la valorisation dont elle avait si désespérément besoin. Gaëlle ferait n’importe quoi pour témoigner son amour à Jacques. Mais ce don d’amour apparaît en fait comme une demande, tant sa soif de réciprocité est grande. Gaëlle commet une erreur : celle de trop forcer les choses ; ses efforts ne traduisent pas la manifestation d’un amour librement donné, mais plutôt un désir insatiable de réalisation et de valorisation.