les-piliers-du-couple

Obtenez ce que vous méritez.

La bonne volonté que met Jeanne à tout faire est en somme directement responsable du manque de respect croissant de Gérard et de son éloignement. Il est clair qu’il a également besoin de prendre en charge son incapacité à recevoir et à donner de l’amour d’une manière adulte. Mais le problème réside dans le fait que Jeanne est disposée à donner sans attendre rien en retour. Cela équivaut à racheter la conduite de Gérard. Si vous vous êtes trouvée dans une situation comparable, vous pouvez réagir afin que votre relation avec un homme laisse plus de place à sa liberté. Les femmes comme Jeanne agissent essentiellement en fonction de problèmes d’enfance qu’elles investissent dans leurs relations adultes. En assumant le rôle de « secouriste », Jeanne essaie de donner un sens à sa vie ; elle cherche à se sentir bien avec elle- même. Enfin, non seulement elle protégeait son père, mais elle voulait aussi gagner son amour. Un homme aussi passif que son père, incapable de faire quoi que ce soit d’autre que vivre sa vie en – victime consentante, rendit, sans nul doute, sa mère folle. Jeanne n’avait pas conscience que non seulement son père rendait sa mère malheureuse, mais qu’en la laissant elle, Jeanne, jouer le rôle de protectrice il n’exprimait pas vraiment son amour pour elle. Vouloir sauver ou aider un homme peut devenir un moyen de s’en rapprocher, en encourageant sa dépendance, et d’avoir ainsi une fausse impression de sécurité, au moins pour un temps. Mais un homme qui a l’impression qu’une femme ne s’attend jamais à être traitée correctement cesse de la respecter. Si ce type de femme avait plus d’estime pour elle-même et un juste sens de son droit, elle attendrait une réciprocité ; mieux, elle l’exigerait. Donner trop, jouer les « pélicans », cela ne marche jamais, car il s’agit là d’une stratégie inconsciente pour se sécuriser. En pareil cas, il convient de reconnaître que l’envie de donner est alimentée par l’insécurité et non par l’amour. Si vous avez ce genre de problème, vous devez d’abord repérer la présence des peurs et des angoisses très profondes que vous éprouvez quant à votre valeur personnelle et votre aptitude à vous faire aimer. Ensuite, posez-vous cette question : outre le fait que je suis capable de m’occuper d’un homme, est-ce que je possède d’autres qualités ? Un homme ou une femme qui se posent cette question primordiale en arrivent très vite à y apporter une réponse affirmative et à creuser le sujet : nous sommes intéressants ou intelligents ou nous nous réalisons de manière très différente. Parfois, l’estime que nous nous portons ou notre confiance en nous sont en réalité beaucoup plus grandes que nous ne le pensons. Finalement, seuls nos actes fournissent la vraie réponse à cette question. Les femmes qui pensent mériter un amour adulte et réciproque ne restent pas longtemps des « infirmières », malgré tout l’intérêt que puisse présenter le projet de « réhabilitation » d’un homme. Pour briser ces vieux schémas, il est nécessaire de prendre des risques : celui d’exiger davantage, de formuler des demandes lorsque l’amour vous semble en perte d’équilibre. Là réside la difficulté. Car, pour vous sentir capable de courir ces risques, il vous faut d’abord avoir plus de considération pour vous-même. Le point fondamental, c’est d’agir, de faire le premier pas. Ce qui prime, de l’attente ou de l’estime de vous, n’est pas très important ; l’une et l’autre se nourrissent et se construisent mutuellement. Cessez de tant donner et vous commencerez à découvrir qu’un homme peut aimer et chérir autre chose en vous. Si, au début, il ne remarque que votre capacité à le secourir, à le défendre, ou à résoudre ses problèmes, alors peut-être vous faut-il aller plus loin sans perdre confiance. Le seul fait de vous sentir en droit d’exiger un peu de réciprocité l’obligera à vous regarder d’une manière nouvelle qui, le plus souvent, sera positive. Lorsqu’on est parvenu à briser ces schémas et à courir ces risques, la récompense est énorme : on accède enfin à des relations plus satisfaisantes ; plutôt qu’être celle dont on a besoin à cause de ce qu’elle fait, on est aimée pour ce que l’on est. En outre, si l’on espère être payée de retour, on peut aussi trouver des hommes plus équilibrés et plus aptes à donner.

pardonner

LES SIAMOIS

Certaines femmes résolvent leur problème de manque affectif en essayant d’établir avec l’homme avec lequel elles vivent une relation fusionnelle, presque symbiotique. Gaëlle a vingt-huit ans et vient de se marier. Elle a grandi dans un grave vide affectif. Délaissée par une mère trop occupée et ignorée de son père qui n’avait pas eu le garçon qu’il désirait, Gaëlle nous fait part de ses souvenirs : « Je me rappelle avoir essayé de faire les mêmes choses que les garçons en pensant que cela plairait à mon père. Mais j’ai toujours eu cette impression horrible qu’au lieu de s’intéresser davantage à moi il était encore plus déçu que je sois une fille. » Le mariage de Gaëlle et de Jacques date de huit mois. Dès le départ, il a été tumultueux. D’après elle, elle fait tout pour que Jacques soit heureux et se sente aimé. La vérité est qu’elle l’étouffe lentement et tue l’amour spontané qu’il a pour elle. « Je pensais qu’elle serait plus rassurée une fois que nous serions mariés, confie Jacques. Les disputes qui étaient fréquentes entre nous tournaient toutes autour de son inquiétude que je ne l’aime pas autant qu’elle m’aime. Ce n’était pas vrai. Je l’aimais, mais, alors même que je le lui disais, cela ne lui suffisait pas. » Après leur mariage, elle manifesta encore davantage son amour. « Elle m’envoie sans arrêt des cartes postales sentimentales, m’écrit des mots, me téléphone même à mon bureau, parfois trois ou quatre fois par jour. Elle pense ainsi me montrer sa tendresse et son amour, mais c’est trop. » Puis Jacques poursuit : « J’aime faire beaucoup de choses avec Gaëlle, mais elle veut que nous fassions tout ensemble. Je me souviens que, pendant notre lune de miel aux Antilles, elle voulait me tenir la main lorsque nous plongions. A cette époque, je trouvais cela touchant, mais actuellement le fait que nous soyons toujours ensemble commence à me peser. En me mariant, je cherchais une partenaire, pas une sœur siamoise. J’ai de sérieux doutes sur la durée de notre mariage. Quoi que je fasse, cela semble n’être jamais assez. J’ai toujours été plutôt affectueux, mais maintenant, lorsqu’elle veut que je l’embrasse, je me rends compte qu’intérieurement je me raidis. » L’isolement de Gaëlle quand elle était enfant a engendré chez elle des sentiments profonds de manque et d’insécurité. Elle ne croit pas qu’on puisse l’aimer. En effet, enfant, elle n’a jamais reçu l’appui et la valorisation dont elle avait si désespérément besoin. Gaëlle ferait n’importe quoi pour témoigner son amour à Jacques. Mais ce don d’amour apparaît en fait comme une demande, tant sa soif de réciprocité est grande. Gaëlle commet une erreur : celle de trop forcer les choses ; ses efforts ne traduisent pas la manifestation d’un amour librement donné, mais plutôt un désir insatiable de réalisation et de valorisation.