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Respecter sa propre valeur

Pour reconquérir le sens de sa valeur et sa considération pour elle-même, Geneviève dut aller à l’encontre de ses impulsions, et adopter un comportement qui lui semblait paradoxal. Au début d’une relation, alors qu’elle voulait se rapprocher de son compagnon, elle dut apprendre à supporter une légère distance et à maîtriser son insécurité. Elle dut affronter et contrôler sa peur la plus fondamentale, à savoir celle d’être abandonnée et de se retrouver sans liens. Au lieu de cela, Geneviève le découvrit, une certaine retenue de la part de la femme provoque chez l’homme une légère incertitude et excite son intérêt. Mais cela n’implique pas de devenir froid ou distant, car cela aussi fait fuir les hommes. Gardant fermement présent à l’esprit cet objectif d’une relation durable, fondée sur l’égalité et le respect, Geneviève, dans ses nouvelles relations, allait découvrir les vertus de la lenteur. « Avant, après avoir couché tout de suite avec un homme, je devenais très anxieuse et commençais à me demander s’il allait m’appeler à nouveau—c’était comme si je lançais la balle dans son camp », se rappelle-t-elle. Après avoir commencé une thérapie, elle nous a raconté ceci : « Pendant environ huit mois, j’ai juste accepté des rendez-vous comme ça, et je n’ai rencontré aucun homme avec qui je désirais m’engager sérieusement, de sorte que je n’ai couché avec aucun. » En prenant le risque de donner moins, Geneviève a gagné beaucoup plus. Elle découvrit que les hommes appréciaient des facettes de sa personnalité que cachait auparavant son apparence de femme fatale. Mais il lui a fallu prendre un risque. Comme nous l’avons déjà noté, il est certain que le fait même de croire en vos qualités vous pousse à vous valoriser vous-même. C’est une sorte d’acte de foi qui peut paraître courageux, mais, en réalité, vous avez réellement peu à perdre en essayant. On a tellement donné d’importance au sexe dans notre culture qu’on en est venu à croire, à tort, que c’était un moyen sûr d’attirer un homme. Ce qui n’est pas vrai. En fait, si le conservatisme sexuel connaît un renouveau, c’est précisément parce que les hommes et les femmes semblent préférer cela ! Par exemple, prenez ce vieux précepte selon lequel il ne faut pas coucher avec un homme la première fois. Non seulement c’est un très bon conseil, mais nous irons encore plus loin : nous pensons qu’il est sage de ne pas devenir la maîtresse d’un homme avant d’avoir passé suffisamment de temps avec lui pour connaître ses aspirations et son caractère et avoir établi avec lui un rapport de confiance et de réciprocité. Cela permet de distinguer les hommes qui sont capables d’aimer de ceux qui ne cherchent qu’à profiter de la situation. Ce conseil est fondé sur notre expérience selon laquelle les hommes, alors même qu’ils semblent plus libérés, fonctionnent encore d’après des « programmes » inconscients anciens. Les hommes peuvent pousser à un rapport sexuel immédiat, mais, à un niveau plus profond, la plupart d’entre eux croient que les relations sexuelles devraient être l’expression de l’amour et de l’engagement. Lorsque l’amour est absent, il s’agit juste de « baise ». L’attirance peut exister, dès le premier instant, mais l’amour, lui, ne peut pas surgir au tout début d’une relation. Il grandit progressivement et demande une certaine expérience de l’autre, du temps. Il ne vient pas rapidement, même si une femme peut le vouloir vraiment et qu’un homme lui dise qu’il l’aime. Certains de ces commentaires sont destinés aux femmes célibataires, mais on peut suggérer la même chose aux femmes mariées. Celles qui répondent toujours aux avances sexuelles de leur mari, parce qu’elles ont peur de dire non, rencontreront obligatoirement des difficultés par la suite. Tout d’abord, et n’est-ce pas le plus important ? Vous ne pouvez que nourrir une rancœur croissante si vous vous adaptez et répondez aux demandes d’un homme de cette façon. En outre, les hommes finissent par se rendre compte de votre ressentiment. Ils sentent qu’en réalité vous ne « faites pas l’amour », mais que vous leur cédez pour ne pas les perdre. Alors que vous recherchez, en étant disponible, gratitude et reconnaissance de sa part, l’homme, lui, peut secrètement, tout autant que vous, se sentir étranger à l’acte sexuel. Même les hommes suffisamment insensibles pour ne pas sentir l’absence de désir véritable dans votre réponse sexuelle finiront par ne plus l’apprécier et la considérer comme acquise. Indépendamment de l’issue, le fait de donner trop, même dans le domaine sexuel, ne peut qu’entamer un mariage.

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LA MARTYRE

Comment une femme devient-elle une martyre ? De loin, l’élément essentiel et le plus logique est la pauvre estime en laquelle elle se tient. Le martyre n’est jamais un cadeau, quelle que soit la manière dont il est présenté. En fait, il s’agit souvent d’un acte d’agressivité cachée destiné à créer un rapport de domination, le partenaire faisant figure de coupable. Quand une femme choisit d’abandonner son pouvoir, quand elle refuse de reconnaître ses propres besoins et de se battre pour eux, elle a toutes chances de devenir une martyre. Jacqueline, trente-huit ans, s’est toujours sentie inférieure à Marc, son mari depuis six ans. Elle commença à travailler tout de suite après avoir terminé le lycée ; lui a un diplôme d’ingénieur. Elle est tranquille ; il est charmant et très ouvert. En secret, elle craint d’avoir épousé quelqu’un de « trop bien » pour elle et donc qu’un jour il ne se fatigue d’elle. Au lieu de développer sa personnalité et d’apprendre à se sentir plus à l’aise dans son mariage, elle devint effacée et commença à se sacrifier ; elle fit passer son mari avant elle dans pratiquement tous les domaines. Par exemple, lorsqu’elle achète des vêtements pour lui, elle va dans les meilleurs magasins pour hommes et achète ce qu’il y a de plus cher en pensant que la chose est importante pour sa carrière. Par contre, quand il s’agit d’elle, elle fait les soldes. Au début de leur mariage, Marc fut touché par son apparente générosité, mais bientôt il se mit à éprouver une culpabilité vague. Sans faire montre de paternalisme, il encouragea sa femme à suivre des cours, parce que les commentaires désobligeants qu’elle faisait sur elle-même l’attristaient. Lorsqu’il lui offrait des cadeaux de prix, elle lui rendait immanquablement la pareille. Un jour, en cadeau d’anniversaire, il lui offrit un superbe bracelet en or ; le lendemain, un attaché-case en cuir coûteux l’attendait. Une fois de plus, Jacqueline lui avait rendu la pareille et avait fait passer les désirs de son mari avant les siens. Il explosa, précipitant ainsi une crise qui les amena à chercher l’aide de professionnels. Que s’était-il passé ? Pourquoi le mari de Jacqueline, apparemment très aimant et attentionné, explosa-t-il soudain ? Pour Jacqueline, c’était une surprise totale. « J’ai toujours tout fait pour lui, je me suis toujours effacée. » Marc, lui, voyait les choses différemment. En repensant à leurs années de mariage, il s’aperçut qu’il était écrasé par la culpabilité. Jacqueline était une martyre. Elle se sentait d’autant plus rassurée qu’elle renonçait à ses besoins pour satisfaire ceux de son mari. Remplie de doutes et d’insécurité, elle essayait stupidement de contrôler la relation en distribuant elle-même les rôles : à elle d’être plainte, à lui de la plaindre. Il n’abandonnerait jamais quelqu’un de si prêt à se sacrifier pour lui et à tout lui donner ! Voilà ce que Jacqueline croyait en secret. Marc raconta plus tard qu’elle lui faisait douloureusement prendre conscience de ses sacrifices ; d’où son sentiment de culpabilité et son ressentiment. « Je n’ai jamais eu de plaisir à rentrer à la maison. Je pris l’habitude de rêver que mon épouse était de ces femmes qui ont leurs propres amis, leurs propres activités, et non quelqu’un qui rentrait précipitamment de son travail pour pouvoir m’accueillir quand je rentrais avec un verre et un dîner préparé spécialement. » Quels furent les signaux d’alarme qui échappèrent à Jacqueline ? Tout d’abord, jamais elle ne crut vraiment à l’amour de Marc. Aussi étrange que cela puisse paraître, son martyre était terriblement égocentrique. Son angoisse la rendait tellement myope qu’elle ne vit jamais l’amour de son mari. Lorsque Marc essaya de modifier le schéma de leur relation en cherchant à instaurer une plus grande égalité et une plus grande réciprocité entre eux, chaque fois elle alla à l’encontre de ses tentatives. Il n’existait donc pas de réceptacle à l’amour qu’il voulait donner. Son désir d’une relation égalitaire effrayait sa femme : en quelque sorte, elle avait peur de ne pas en être capable, de ne pas être vraiment digne d’amour ou suffisamment intelligente pour qu’il continue à s’intéresser à elle. 

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