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Les femmes qui donnent trop facilement

Au cours de ces dernières années, les femmes ont été prises à partie pour une qualité qu’on avait l’habitude d’admirer chez elles : le don de soi ou l’amour total. Dans le passé, on disait qu’une femme était satisfaite lorsqu’elle recevait de l’amour en récompense pour son amour illimité. Maintenant, on dit aux femmes qu’elles « aiment trop ». Il est impensable de croire que l’on puisse « aimer trop » lorsque l’amour est sain et véritable. L’amour est le remède qui permet de résoudre de nombreux dilemmes dans une relation et il ne constitue pas un problème. Mais il est possible qu’une femme donne trop facilement. Les femmes qui semblent « trop aimer » en vérité donnent trop d’elles-mêmes parce qu’elles ont peur. Les femmes qui ont un esprit de sacrifice trop développé, qui donnent trop, ont souvent été considérées comme des malades, comme des masochistes, des êtres inexorablement entraînés vers des expériences douloureuses. Pourtant, ni les femmes ni les hommes ne recherchent la douleur ou la souffrance en amour. Mais chez de nombreuses femmes, l’angoisse devient bien un sous- produit de leur recherche de sécurité dans la relation. Certaines femmes ont assimilé le schéma du don de soi et du sacrifice, ce qui invariablement aboutit à les vider de leurs ressources affectives et a pour résultat, ô ironie, de faire fuir les hommes : précisément ce qu’elles redoutent tant ! Vous connaissez sans aucun doute des femmes qui vivent ces dilemmes douloureux. Peut-être en êtes-vous une? Ceci vous semble-t-il familier : « Plusieurs hommes m’ont dit qu’ils avaient de moi l’image d’une femme trop désespérée, mais je ne sais pas pourquoi » ? Ou bien : « Je ferais n’importe quoi pour lui, mais il ne l’apprécie pas. » Ou encore : « Je me trouve engagée sexuellement avec des hommes beaucoup plus tôt que je ne le souhaite vraiment : j’ai peur de dire non. » Chacune de ces femmes pense qu’elle agit au mieux pour faire naître chez un homme des sentiments positifs. Malheureusement, sans le savoir, elles le conduisent à les rejeter. Elles essaient d’être aimantes, mais, au lieu de renforcer l’intimité, leurs efforts empêchent l’homme de se rapprocher d’elles! La raison pour laquelle ce comportement marqué de bonnes intentions est voué à l’échec tient à ce que toutes ces femmes donnent trop facilement. Est-il possible que quelqu’un donne trop facilement? Le don n’est-il pas le fondement même de l’amour ? Le véritable problème ne réside-t-il pas dans l’incapacité de l’autre à supporter l’intimité et l’amour qu’on lui porte ? Peut-on « aimer trop » ? Il ne fait aucun doute que le don et l’amour vont de pair. Nous estimons tous et apprécions les partenaires qui donnent beaucoup d’eux-mêmes et qui acceptent l’idée que l’amour doit faire l’objet de vigilance, être nourri. Mais l’amour est plus que le fait de donner, et un amour sain porte en soi ses propres limitations : il est conditionnel plutôt que sans limites et inconditionnel. S’agissant d’adultes, une relation d’amour positive et enrichissante est en fin de compte fondée sur la réciprocité et l’équilibre. Les besoins et désirs de chaque partenaire doivent être également importants. Amour et don équilibrés donnent naissance à des sentiments de bien-être, d’aisance et de confiance. Et pourtant, pendant des siècles, les femmes ont subi un véritable conditionnement. Ne leur a-t-on pas fait croire que, dans le cadre de l’amour, elles devaient donner plus que les hommes, que d’elles on attendait davantage ?

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POURQUOI LES FEMMES DONNENT DAVANTAGE

Par le passé, on disait toujours aux femmes qu’elles étaient les gardiennes de la relation amoureuse, qu’elles étaient responsables de la pérennité de l’amour. On leur enseignait que leur identité et leur valeur dépendaient en grande partie de leur capacité à rendre un homme heureux. Les petites filles grandissaient en essayant de plaire à leur père, et les jeunes femmes en vinrent à croire que leur valeur ne reposait que sur leur pouvoir de séduction et leur capacité à trouver un homme. Indépendamment de la stratégie spécifique utilisée, que ce soient ses dons culinaires ou son sex-appeal, la priorité absolue, pour une femme, était son aptitude à captiver ou séduire un homme. Encore aujourd’hui, à l’époque de la libération des femmes marquée par leur désir de maîtrise, d’indépendance et de réalisation personnelle, les publicitaires et les médias continuent à inciter les femmes à s’habiller, agir et se présenter de manière à attirer les hommes et à les rendre heureux. Comme l’indique le facteur d’Affinité, les femmes considèrent les relations amoureuses comme fondamentales pour leur développement, et c’est pour cette raison qu’elles sont davantage enclines à adopter des conduites d’échec si cela garantit l’intimité et le lien avec un homme. Gardez présent à l’esprit le fait que les hommes eux aussi souffrent d’un excès du même ordre en ce qui concerne leur quête de valorisation personnelle. Si les femmes donnent trop aux hommes, les hommes, eux, donnent trop d’importance à leur travail. Si les femmes sont poussées par la peur de se retrouver seules, de ne pas être aimées, les hommes, quant à eux, connaissent la peur de l’échec, la peur de ne pas être « à la hauteur ». On pourrait supposer qu’au cours de ces dernières années le mouvement féministe a eu suffisamment d’impact sur elles pour qu’elles donnent de façon plus mesurée, refusent les vues conventionnelles et démodées sur « la femme » et exigent que, dans une relation sentimentale, l’amour soit égal et réciproque. D’après nous, les choses ne sont pas allées aussi loin que nous pouvions l’espérer. Deux raisons expliquent pourquoi les femmes continuent à « trop aimer » et à donner trop facilement, encore maintenant. Tout d’abord, en ce qui concerne les célibataires, ce qu’on appelle « la crise du mariage » (c’est-à-dire ce désir forcené de trouver un homme et de fonder une famille) a conduit les femmes à un certain nombre d’excès pour trouver l’amour. Donner trop facilement en a été un. L’angoisse de la solitude est suffisante pour que certaines femmes aient recours aux vieux rapports traditionnels avec les hommes. Ce type de femme croit naïvement que les hommes désirent encore une femme « ancien modèle », la femme maternant. Par ailleurs, les femmes mariées ne sont pas à l’abri de l’angoisse, car elles savent que le mariage n’est pas forcément éternel. Certaines femmes, aujourd’hui, ont secrètement peur que leurs maris, en pleine crise de la quarantaine, ne décident brusquement de faire leur valise et de partir à la recherche d’une femme plus jeune, au-devant d’une rencontre adultère. Même si ces inquiétudes ont quelque fondement et ne sont donc pas totalement irrationnelles, la solution ne consiste pas à donner trop facilement, car un homme perçoit rarement ce don comme de l’amour.

L’AMOUR EST PLUS QUE LE DON

Pourquoi une femme donnerait-elle trop facilement ? Nous avons des relations amoureuses parce que nous éprouvons du plaisir avec la personne avec laquelle nous nous trouvons et que celle-ci enrichit notre vie et nous rend heureux. Est-ce que cela ne se passe pas ainsi parce que nous donnons avec amour et en toute liberté, sans nous soucier d’être payé de retour? Pas exactement. En fait, la femme ou l’homme qui donne trop facilement peut même ne pas aimer du tout. Aussi merveilleux que peuvent paraître l’amour et le don, ils masquent aussi parfois des moyens détournés de satisfaire nos besoins les plus profonds. L’amour est fréquemment l’arène dans « laquelle nous essayons de toréer nos propres problèmes. Ces solutions éventuelles n’ont rien à voir avec l’amour, mais, beaucoup trop souvent, nous essayons de nous libérer, par le biais d’une relation amoureuse, de nos angoisses. La fragilité commune à toutes les femmes qui donnent trop naît de l’insécurité. Elles craignent secrètement que ce qu’elles sont et qui elles sont ne soient pas suffisants. Alors, elles optent pour une fausse solution : elles cherchent par un don excessif, une tendance à trop en faire, à compenser les qualités qu’elles ont peur de ne pas posséder. Il faut remonter aux conflits de l’enfance non résolus pour comprendre ce manque d’assurance dont souffrent beaucoup de femmes. Lorsqu’elles étaient enfants, l’amour était absent ou si peu montré que toute leur vie elles manifestent un immense besoin d’amour. Lorsque nous n’avons pas été suffisamment aimé, nous essayons sans répit de réparer la souffrance que nous avons * endurée. Les femmes qui se sont senties délaissées ou méprisées dans leur enfance inondent souvent un homme de leur amour dans l’espoir qu’il les aimera assez, à son tour, pour effacer leur tristesse profonde et persistante. Les femmes qui espèrent gagné l’amour d’un homme afin de remplir un vide en viennent naturellement à croire qu’on leur demande de se sacrifier. Elles pensent que le rôle d’une femme est de constituer une source intarissable de maternage et de soutien affectif, qu’elles n’ont pas assez de valeur pour être aimées pour elles-mêmes. A un niveau très profond, elles ont peur d’être abandonnées, et c’est cette peur qui les rend si vulnérables, si prêtes à donner exagérément à un homme. Comme l’expliquait Rosemarie, femme mariée d’une quarantaine d’années : « Je déteste le reconnaître, mais je pense que, si je donne tant de moi, c’est beaucoup plus par peur que par amour. J’ai été mariée pendant quatorze ans et j’ai certainement fait plus que ma part, mais j’ai toujours le sentiment de devoir être reconnaissante à mon mari. Je crains de perdre Paul si je lui donne moins ou si je me bats pour moi et exige davantage. » Que fait Rosemarie en réalité ? Elle se précipite tête baissée dans les situations mêmes qu’elle redoute. Aimer un homme est si effrayant pour elle qu’elle conjure sa peur non pas en aimant moins, mais en aimant davantage. Elle croit avec naïveté qu’en s’accrochant encore plus fort elle sera protégée de ce qui l’effraie le plus : la solitude. Malheureusement, c’est ce qu’elle risque de rencontrer, car, lorsque les femmes donnent trop, les hommes, même s’ils éprouvent de la reconnaissance, étouffent. Pour d’autres, le don excessif ou à sens unique les aide à se sentir davantage maîtresses de la situation. Avoir besoin d’un homme les met mal à l’aise et leur fait peur. Elles détestent être le réceptacle de l’amour, aussi étrange que cela puisse paraître. « Je ne peux pas supporter d’avoir besoin d’un homme ! s’exclame Caroline. Cela me rend nerveuse. » Il est beaucoup plus facile pour Caroline de donner que de recevoir. Elle préfère que ce soit l’homme qui ait besoin d’elle. « Je donne à partir d’une position de pouvoir et de contrôle, mais lorsqu’un homme me donne en retour, j’ai le sentiment d’être faible. Je commence à m’inquiéter de l’importance que prend la relation et à craindre de le perdre. Je ne ressens rien de tout cela tant que je garde l’initiative. » Il existe une troisième sorte de don qui, véritablement, n’a pas grand-chose à voir avec l’amour : il s’agit du don pour le plaisir de donner. Appelons cela la « passion de l’amour ». Il y a des femmes, mais aussi des hommes, qui ne se sentent vraiment vivantes ou stimulées que si elles sont prises dans le tumulte d’une histoire d’amour ou de la quête amoureuse. Ces femmes sont obsédées par le désir de trouver un homme qui leur donnera un sentiment de complétude. Cette quête ardente devient une fin exaltante en soi. Les drames romantiques, même lorsqu’ils sont source d’angoisse, donnent de l’intensité à leur vie. Lorsque ces femmes donnent, elles se sentent, sur le moment, comblées, « presque » aimées. Néanmoins, ce qu’elles oublient de considérer, c’est l’effet terriblement négatif et aliénant que ce « faux » amour a sur l’homme avec lequel elles vivent. Rosemarie et Caroline donnent à partir d’une insécurité fondamentale. Alors même qu’elles expriment ce manque d’assurance de manière très différente, l’élément commun demeure et il alimentera leur besoin constant de donner, de s’adapter et d’être toujours de l’avis de l’autre. De telles femmes apportent à l’intérieur de la relation les forces mêmes qui vont la faire échouer. Les actes d’amour ne sont pas des dons véritables quand ils ont pour origine la peur de perdre l’autre ou d’être abandonné ou quand ils ont pour but inavoué de manipuler la situation. La femme qui donne exagérément risque d’éveiller chez l’homme non seulement du ressentiment, mais l’impression d’être englouti.

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COMMENT L’AMOUR PEUT DEVENIR UN POIDS

Vous avez probablement déjà vécu une relation dans laquelle vous aviez le sentiment que l’homme vous aimait davantage que vous ne l’aimiez. C’est toujours lui qui téléphonait. Il était toujours le premier à montrer son affection. Il vous apportait des petits présents et vous envoyait des fleurs. Il se montrait véritablement inquiet lorsqu’il n’arrivait pas à vous joindre, même pour quelques heures. II voulait que vous lui consacriez tout votre temps libre. Il désirait vous regarder avec amour au fond des yeux et avoir avec vous des conversations interminables. Et vous ne vouliez rien de tout cela ! Plus il se montrait empressé, plus il donnait, et plus cela vous agaçait. Vous connaissez ce sentiment. C’est horrible, n’est-ce pas ? Eh bien, souvent, c’est ce sentiment qu’éprouvent les hommes lorsqu’ils se trouvent face à des femmes qui donnent trop facilement ! L’amour paraît toujours plus vivant et plus important lorsqu’on occupe la position de celui qui aime activement. Le rôle de « celui qui aime » est toujours plus vivifiant et stimulant. Lorsque nous assumons la part active, nous ne ressentons nulle impression d’obligation, de culpabilité ou d’invasion de notre territoire, pas plus que nous ne nous sentons étouffés. Idéalement, une relation doit constamment être dynamique : chaque partenaire devenant à tour de rôle l’amoureux ardent. Et il continue à se sentir régénéré par la magie spéciale qui accompagne le rôle d’« amoureux », sans rester jamais trop longtemps dans la position de 1’ « aimé ». Souvenez-vous du facteur de Polarité. C’est lorsqu’ils se trouvent à un point médian entre Attachement et Séparation que les hommes se sentent le plus activement aimants et engagés. C’est dans cette position moyenne que les hommes éprouvent le plus intensément de la passion, de l’intérêt, et se sentent le plus fortement liés à une femme. Celles qui donnent trop facilement, sans y prendre garde, déclenchent chez un homme les réactions inverses. Alors qu’elles désirent seulement leur plaire et les séduire, elles les font fuir, en faisant naître en eux une détermination à donner de moins en moins alors qu’elles donnent de plus en plus. Pourquoi? Tout d’abord, pour préserver l’intérêt qu’il porte à une femme, un homme a besoin de lui donner de l’amour. Les femmes qui donnent trop facilement accablent souvent leur partenaire en comblant trop rapidement leurs besoins d’intimité. Si la femme fait tout et donne tout, l’homme n’est pas très motivé pour agir. Cela réveille chez lui la peur d’être étouffé affectivement et l’amène à s’éloigner de la femme pour ne pas en être trop proche en amour. Lorsque le malaise de l’homme et son besoin d’éloignement commencent à inquiéter la femme, celle-ci pense qu’elle en est responsable. Au moment même où elle devrait donc donner moins, elle fait juste l’inverse : la solution pour elle consiste à donner plus encore. Et c’est ainsi que commence l’escalade. Plus la femme donnera à sens unique et plus l’homme prendra ses distances. Les hommes ne sont pas à leur aise avec celles qui donnent leur amour sans attendre d’amour en retour. Ils ne les apprécient pas et ne les respectent même pas. Pour qu’un homme reste lié activement à une femme, il a besoin de lui donner de l’amour, de la respecter et de vouloir investir son énergie et ses sentiments dans la relation. Si un homme ne donne pas à une femme, s’il ne l’aime pas de manière active — ce qui implique qu’il s’engage —, il se détache et rompt. Les rapports amoureux ne restent jamais statiques. Ils évoluent et sont redéfinis, ou bien ils se dégradent progressivement. Le don excessif a pour résultat prévisible et logique le manque d’intérêt et de respect. Il empêche toute intimité significative. A l’extrême, donner trop facilement peut même créer une atmosphère permettant aux hommes de se transformer en exploiteurs. Exploiter quelqu’un semble une chose terriblement malveillante, – mais certaines formes d’exploitation ne sont pas nécessairement conscientes, bien qu’elles aient toujours pour résultat la dépréciation de la femme par l’homme. A cause de sentiments puissants d’insécurité, d’un besoin excessif de se lier à un homme, et d’un – refus de remettre en question le caractère et l’éthique d’un homme, une femme risque de se faire exploiter. Il est évident que les hommes, tout comme les femmes, ont peur à l’idée qu’on puisse se servir d’eux, car cela brise leur estime d’eux-mêmes et la confiance fondamentale qu’ils peuvent avoir en autrui. Cependant, cela arrive. Combien de fois n’avez-vous pas entendu des femmes célibataires, par exemple, raconter avec amertume leur rencontre avec des hommes qui semblaient vouloir les « utiliser » uniquement pour le sexe, ou des femmes mariées se plaindre d’être délaissées par leur mari qui se croyait tout permis ? De la part de l’homme, exploiter une femme signifie tirer parti du besoin puissant qu’elle a de se lier à lui. A cause du caractère désespéré de son désir, elle se trompe sur les véritables intentions de l’homme. Il peut rechercher, plutôt qu’un amour réciproque, une relation beaucoup plus immédiate et fondamentalement égoïste. Elle ne perçoit pas son égocentrisme et, sans le savoir, projette sur lui ses propres envies de liaison et d’amour. L’homme révèle sa malhonnêteté en traitant la relation avec légèreté. Habituellement, ses fautes relèvent plutôt de l’omission : il laisse la femme s’engager sur de fausses visions d’avenir. Si l’on fait abstraction du manque de franchise de l’homme, il est certain que le désir de la femme peut être tellement fort que, même s’il voulait l’aimer, il s’en trouverait incapable. Se rendant compte de son détachement, la femme devient encore plus impatiente. A la fin du combat, l’homme se concentre sur ce qu’il peut obtenir de la femme, non sur l’amour qu’il pourrait lui donner. C’est malheureux, mais les femmes qui donnent trop sont abandonnées plutôt qu’aimées. 

La secouriste 

Gérard, entrepreneur en équipement électrique, quarante et un ans, considère les femmes comme pratiquement « toutes pareilles » et elles lui rappellent malheureusement trop sa mère. A ses yeux, il n’a jamais été aimé d’elle malgré son besoin affectif. Seule à l’élever, elle était la plupart du temps absente, soit parce qu’elle cumulait deux emplois pour arriver à joindre les deux bouts, soit parce qu’elle était invitée. Gérard essayait sans cesse d’obtenir son attention, son amour et son approbation, sans jamais y parvenir Jeanne, institutrice de trente-six ans, se souvient du sentiment de protection qu’elle éprouvait à l’égard de son père ; elle le voyait comme une victime innocente des exigences incessantes de sa mère et de sa nature irascible et abusive. Lui, il se retirait passivement de la bataille et lisait la Bible pendant que Jeanne se battait pour lui. « J’ai toujours eu l’impression que je devais compenser le comportement de ma mère. Elle était plutôt horrible avec mon père. Je suis certaine de ne pas avoir compris tout ce qu’il a fait pour provoquer sa colère, mais j’ai toujours considéré mon père comme une sorte de saint ayant constamment sur son dos ma mère tyrannique. » Toutes les relations de Jeanne avec les hommes sont, en grande partie, déterminées par son désir de leur montrer qu’une femme peut aimer. Comme elle le dit elle-même : « J’ai ce truc de me sentir responsable des manques des autres femmes et de les compenser. Je ne peux pas supporter que les hommes voient dans les femmes des êtres méchants en qui on ne peut avoir confiance. » A cause de l’impact de son enfance, Jeanne trouve toujours un homme blessé et amer sur lequel elle peut essayer son pouvoir libérateur. Lorsque Gérard apparut, il représentait, compte tenu de son passé affectif si pauvre, l’homme idéal. Gérard et Jeanne vivent ensemble depuis deux ans. Jeanne aimerait se marier, mais Gérard ne cesse de remettre à plus tard sa décision, en utilisant comme excuse les blessures que lui ont faites ses relations précédentes. Au lieu d’en éprouver du ressentiment ou de lui imposer de prendre une décision, Jeanne fait preuve de patience. Elle croit en la puissance et la douceur de son amour, et se dit qu’elles finiront par emporter la confiance de Gérard. Fondamentalement, Gérard accueille l’amour de Jeanne et sa sensibilité généreuse face à ses besoins sans jamais éprouver la nécessité de les lui rendre. Il n’est aucunement motivé pour faire évoluer la relation vers quelque chose de plus profond où il s’engagerait davantage. Jeanne fait confiance à Gérard. Or, en fin de compte, il profite d’elle. Et il continuera à le faire tant qu’elle n’y mettra pas fin. Comme le dit Gérard avec candeur : « J’aimerais parfois qu’elle ne soit pas si gentille. Elle n’a jamais rien fait pour me blesser, et pourtant je la déçois constamment. J’ai l’impression que je peux faire n’importe quoi et qu’elle continuera à m’aimer. C’est stupide, mais au lieu que cela me la rende chère, j’en viens à n’avoir plus aucun respect pour elle, et pourtant je sais qu’elle mérite mieux que cela. »